Bloc



Les falaises du Gourma, oratoires dressés vers le ciel, captivent inexorablement toutes les attentions et les regards. La fusion de  l’horizontalité calme du désert et de la verticalité farouche des falaises déroute l’observateur le plus averti.
Passée la vision féérique, on remarque d’immenses blocs qui s’entremêlent dans un vaste chaos aux pieds des parois. On entrevoit alors l’infini des possibilités d’escalade.
Tout grimpeur qui fréquente ces lieux ne peut résister au plaisir de toucher et goûter ces rochers à l’odeur simplement minérale. Le grès incrusté de cristaux de quartz, cassé et façonné par le vent, semble dédié à l’escalade.
Ces blocs constituent un passage obligatoire pour apprivoiser ce rocher si particulier avant de se lancer dans de grandes voies. Cependant, la grandeur des falaises ne représente pas forcément ce qu’il y a de plus précieux dans l’escalade.
Le bloc, c’est un condensé d’escalade ! C’est le jeu du geste pour le geste.
Le grimpeur exploite tout son savoir-faire au sein d’un échange sensuel avec la pierre pour que cette dernière lui livre toutes ses clés. A la manière d’une danse nuptiale, le grimpeur apprivoise l’autre, le séduisant de quelques acrobaties et cherche l’intelligence du mouvement afin de s’affranchir des difficultés.
La partition se déroule parfois avec finesse, dans une fluidité enivrante et poétique, mais l’ingratitude du bloc est souvent une leçon d’escalade sévère, voire brutale.
Un « La » qui sonne alors pour mieux rappeler à l’homme ses faiblesses face à la nature. Est-ce alors la magie des lieux qui sculpte le corps des grimpeurs ou les  gestes du corps qui dessine la roche ? L’osmose est bien au rendez-vous.
Le bloc permet de renouer avec l’essence même de l’escalade, dans un élan instinctif de générosité enfantine, qui est de jouer, de s’élever,  se réaliser ou exister dans une quête aussi gratuite qu’inutile. Mais quelle satisfaction, lorsqu’une fois la limite franchie, s’achève la danse.  @Guy Abert / Daniel du Lac

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