Baobab, quel drôle de nom !

Baobab c’est un nom qui vient d’un mot arabe "bu hibab", qui signifie le fruit aux nombreuses graines.
Mais Baobab c’est d’abord un nom qui joue dans la bouche des enfants, c’est un nom pour rire.
C’est le nom d’un arbre d’Afrique dont on voit immédiatement les formes rondouillardes. Certains d’entre eux peuvent atteindre dix mètres de diamètre. Sa longévité est exemplaire : comme tous les géants, il semble jaillir de la nuit des temps et certains baobabs auraient vu naître le Christ. S’il se fait rare dans le Mali en plein Sahel, il est présent, solide et protecteur sur les plateaux du Gourma à mille mètres d’altitude.
Le baobab rappelle à s’y tromper l’animal impossible qu’est l’éléphant, ce prodige solitaire porteur de la mémoire des mondes heureux.
Si le tronc est généreux, telle une barrique pleine, les branches sont ridicules, semblables à des moignons de bras sur lesquelles des fleurs blanches éclosent et meurent en l’espace d'un jour.
Cet arbre est l’ami des hommes, il protège (sans doute est-ce l’esprit tutélaire qui l’habite ?) en offrant à ceux qui s’y abritent des monceaux de bienfaits. Son écorce permet de tisser des cordes pour gravir les falaises. Son fruit « le pain de singe » donne une boisson rafraîchissante riche en vitamine C au goût de citron vert. Mais c’est dans une utilisation thérapeutique que le baobab excelle : son huile apaise les brulures, son écorce combat le paludisme, les infections intestinales…
Mais surtout : on ne frappe et on n’insulte jamais celui qui s’est refugié à l’ombre d’un baobab.
C’est l’arbre à palabre, le pilier de la raison sur lequel on s’appuie pour comprendre le monde et résoudre les conflits ou apaiser les tensions. On s’attarde même près de son tronc pour débattre des affaires de la communauté, sans doute parce qu’il possède la mémoire de tous les anciens qui ont discuté dans son ombre.
Ce phénomène végétal est ainsi un gardien solennel, le témoin reposant du bruissement des hommes.        @Guy Abert

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